1816
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L'Année sans été

L'Année sans été

En 1812 et 1814 des éruptions volcaniques aux Caraïbes et aux Philippines projettent une très grande quantité de poussière dans l’atmosphère et sont responsables d’une première baisse des températures.

En avril 1815 une série d’éruptions du volcan Tambora, sur l’île de Sumbawa dans l’actuelle Indonésie, va être à l’origine du pire épisode climatique du dix-neuvième siècle.

Le 5 avril, une colonne éruptive de plus de trente kilomètres s’échappe du volcan. Cinq jours plus tard, une seconde colonne s’élève à près de quarante kilomètres de hauteur. Les éruptions sont entendues à plus de mille kilomètres et ne cessent qu’au bout de dix jours. Le volcan est directement responsable de la mort de près de onze mille personnes et le tsunami qu’il provoque fait quelques cinquante mille victimes de plus.

Estimées à huit fois supérieures à l’éruption du Vésuve en l’an 79, et à plusieurs milliers de fois plus puissantes que les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki réunies, les éruptions du Tambora projettent cent millions de tonnes d’aérosol dans l’atmosphère. Cet écran de cendres bloque les rayons solaires et entraîne une chute dramatique des températures. 1816 sera « l’année sans été ».

En Chine, les trombes d’eau, le gel et la neige en été dévastent toutes les récoltes. Aux Etats-Unis de brusques variations font en quelques heures passer de trente-cinq degrés à des températures en dessous de zéro. Au printemps, il neige dans le Maine, les lacs et les rivières sont gelés jusqu’en Pennsylvanie, deux terribles blizzards font de très nombreuses victimes dans l’Est du Canada et en Nouvelle-Angleterre et en juin la ville de Québec est sous la neige. Les conséquences sont dramatiques et sur la côte est des Etats-Unis l’intégralité des récoltes est détruite.

L’Europe, qui n’est pas encore remise des guerres napoléoniennes, connaît le pire épisode de famine du dix-neuvième siècle. En Grande-Bretagne les poussières et sulfates présents dans l’atmosphère sont à l’origine d’étranges couchers de soleil aux couleurs surprenantes (dont William Turner dit s’être inspiré pour certaines de ses toiles). Les températures en été sont inférieures à zéro. La crise alimentaire provoque émeutes et pillages dans un très grand nombre de villes d’Europe.

La Suisse, de par son absence d’accès à la mer, est le pays européen le plus gravement touché. Les tempêtes, le débordement des fleuves et le gel au mois d’aout détruisent l’intégralité des récoltes. La famine force le gouvernement à déclarer l’état d’urgence.
Le taux de mortalité pour 1816 s’avérera en Suisse deux fois supérieur à la normale.

En mai 1816, Mary (qui ne se nomme pas encore Shelley) et Percy Bysshe Shelley viennent d’avoir un fils. Depuis deux ans le couple parcourt l’Europe, tentant d’échapper au père de Mary, l’écrivain et philosophe William Godwin qui ne saurait tolérer cette union libre et le fait que Shelley ait abandonné son épouse et ses deux enfants. Mary, qui a perdu un an auparavant sa première fille, est nerveusement et psychologiquement très fragile, et craint pour la santé de son nouveau-né. Sa demi-soeur, Claire de Clairmont, amoureuse de Byron avec qui elle vient d’avoir une aventure, persuade Mary et Shelley de passer l’été près de Genève, à la maison Chapuis, voisine de la villa Diodati, louée à ce moment par Lord Byron et son médecin personnel John William Polidori.

L’année est terrible. Partout en Europe le froid s’installe et l’été connaît des records de pluie – récoltes dévastées et famine pour les paysans de Savoie et du Pays de Vaud. Les protagonistes sont cloitrés à la villa Diodati. Pour passer le temps le groupe s’occupe en conversations littéraires ou en lectures collégiales.

C’est lors de l’une de ces tempêtes que, le 16 juin, les convives, réunis autour d’un feu de cheminée, lisent un recueil de contes fantastiques allemands : Fantasmagoriana. D’après le journal de Polidori, il semble y avoir eu plusieurs soirées de lectures et de discussions, entre le 15 et le 18 juin (le 17 juin tous ont commencé à écrire, Polidori quant à lui ne commence que le 18). Alors qu’ils sont bloqués depuis trois jours dans la villa Diodati, Byron lance à ses amis un défi anodin : chacun d’eux devra écrire une histoire de fantômes.

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Billet De Diodati au Vampire et Frankenstein

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Emission de France Culture Grande traversée - Frankenstein : genèse d'un monstre du 8 août 2016

Florian Balduc

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