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Saint-Léon, ou le roman Gothique Rosicrucien

J'ai parcouru tous les climats, et partout je n'y ai trouvé que du déplaisir. J'ai fréquenté les cours ; j'ai accompagné la marche des armées ; j'ai langui dans l'infection des cachots. J'ai éprouvé tout ce que l'opulence et la misère ont de vicissitudes : cinq fois je me suis vu près de l'échafaud, et que de peines pour m'y dérober ! haï par le genre humain, poursuivi, chassé de partout, en butte aux calomnies les plus atroces, sans patrie, sans foyers, sans amis, est-il encore quelque infortune en réserve pour moi ? la pensée peut-elle en imaginer de nouvelles ?

Saint-Léon

J'empoisonnais tout ce qui m'approchait.

Ci-dessous quelques fragments de l'édition Otrante de Saint-Léon, histoire du seizième siècle.

- Pourquoi n'écrit-il pas de nouveau roman ?
- Parce qu'il en mourrait.
- Et qu'est ce que cela ferait ? Nous aurions ainsi un autre Saint-Léon.
(Byron)

Les progrès de la science et de la médecine et les écrits de certains intellectuels font naître en cette fin de dix-huitième siècle le rêve de l’homme immortel. Certains ouvrages défendent la thèse selon laquelle les avancées scientifiques présentes et à venir permettront d’atteindre cette possible immortalité ou à défaut exceptionnelle longévité. Godwin, s’il partage cette croyance, ne croit en revanche pas plus au salut par la science qu’à une éventuelle intervention ou volonté divine. L’homme est perfectible et cet état adamique, qu’il s’agisse d’une forme d’immortalité ou du moins de perfection de l’individu, ne peut, selon lui, être que le résultat de l’évolution, des connaissances et de la raison.

A ces croyances s’ajoute un goût prononcé du public anglais pour les romans gothiques nationaux, les traductions de romans gothiques allemands ou autres Bundesroman (romans sur les sociétés secrètes), et un engouement pour la figure de l’alchimiste et des secrets Rose-Croix. Les ouvrages sur le sujet, satiristes, volontairement fantaisistes ou prétendument sérieux, ne manquent pas. L’alchimiste Rose-Croix, toujours sombre et caricaturé se retrouve dans de nombreux romans tant anglais qu’allemands, et même une revue comme le Monthly Review se fait l’écho en 1795 de cet intérêt croissant pour la pierre philosophale, l’élixir de vie, et autres secrets Rosicruciens.

William Godwin va répondre à la demande du public en produisant une oeuvre nouvelle, ouvrage « moral » ou philosophique tout autant que récit initiatique — s’il ne s’agit d’une fable, dont Godwin était grand amateur — qui mêle éléments du gothique et rosicrucianisme. « Godwin was the first to embody in a romance the ideas of the Rosicrucians »1.

L’enfer n’est qu’une invention puérile des prêtres, pour amuser les enfants et les sots.

Seizième siècle, descendant des soldats des croisades, perte au jeu, paysages alpins, orage et dévastation, mystérieux tentateur qui propose un pacte ou secret d’immortalité, fuite, persécution, emprisonnements, juges de l’Inquisition, France, Espagne, Suisse, Italie et Hongrie, alchimie et pierre philosophale, châteaux, cachots, incendie et souterrains, famine, guerre et dévastation de la Hongrie, prince de Transylvanie dont le château a été pillé et rasé et dont la femme et les enfants ont été massacrés […]

De mon temps, et depuis près d’un siècle, l’occupation principale des hommes d’un travail opiniâtre et constant, a été le grand secret de la nature, le grand oeuvre dans ses deux branches inséparables, l’art de multiplier l’or et de défier les infirmités de la vieillesse et la faux de la mort.

A l’automne 1797 sa femme la philosophe et féministe Mary Wollstonecraft décède en donnant naissance à leur fille Mary, future Mary Shelley, auteur de Frankenstein. Mary Wollstonecraft devient dans le roman l’exceptionnelle Marguerite de Damville […].

31 décembre 1797, posant les premières lignes de son nouveau roman, William Godwin écrit en lieu et place du titre : Opus Magnum.

Saint-Léon

4 janvier 1798, le titre devient Natural Magic.

Saint-Léon

25 janvier 1798, suivant l'évolution de son récit, Godwin choisit Adept.

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15 juillet 1798, la plume de Godwin trace le titre définitif.

Saint-Léon
D'après les carnets de William Godwin (source : Bodleian Library, University of Oxford)

Le résultat, achevé en décembre 1799, est un ensemble complexe, nourri des nombreux et divers ouvrages lus ou consultés avant et pendant la rédaction de Saint-Léon, comme l’attestent les précieux carnets de ses lectures dans lesquels Godwin mentionne avec précision, en parallèle de la rédaction de Saint-Léon, les dates, titres et passages lus. La consultation de ces carnets, tenus au jour le jour, permet ainsi de découvrir qu’à part Hermippus Redivivus cité par l’auteur dans sa préface, et sur lequel nous allons revenir, le philosophe écrivain lit également de nombreux romans gothiques, textes anciens, philosophiques, etc. Pour n’en citer que quelques-uns, Godwin lit à leur parution (et s’y reporte régulièrement durant l’écriture de Saint-Léon) les ouvrages de Radcliffe, le Souterrain de Sophia Lee, Le Moine de Lewis, quelques Bundesroman parmi lesquels The Ghost-Seer (Der Geisterseher) de Friedrich Schiller ou les Horrid Mysteries de Carl Grosse, ainsi que Spiess, Pope, Southey, Rousseau, d’Alembert, Condorcet, Voltaire, Diderot, La Logique de Condillac, Paul et Virginie, Molière, Racine, Corneille, Lucrèce, Burke, Goethe, Ovide, Brockden Brown, Beckford, Buffon, Wakefield, Wordsworth, Dryden, Molière, Saint Aubin, Shakespeare, Coleridge, Dante, des fabliaux, ouvrages sur Bethlen Gabor, la Hongrie et son histoire, et bien évidemment Milton. Ajoutons que figurent également dans sa bibliothèque quelques ouvrages annexes plus directement liés aux sciences, à l’alchimie ou autres sciences hermétiques tels Hermippus Redivivus, Historia Vitae et Mortis de Francis Bacon, Steganographia : hoc est, Ars per occultam scripturam animi sui absentibus aperiandi certa de Johannes Trithemius, ainsi que deux ouvrages de Paracelse, De Vita Longa et De Transfiguratione Metallorum Libellus.

O vous, qui consacrez votre vie et vos talents au bonheur des autres, gardez-vous de compter sur leur reconnaissance ! Soyez bienfaisants, si c’est à votre plaisir, mais ne faites pas consister votre bonheur dans l’opinion que vos vertus et la pureté de vos intentions devraient naturellement inspirer à ceux que vous obligez ! Les hommes portent tous dans leur sein un germe d’ingratitude, qui les dispose à croire que tout ce qu’on fait pour eux leur est dû, et à se dégager du poids embarrassant de la reconnaissance. La plupart d’entre eux oublient, par esprit de légèreté, les services qu’on leur a rendus, et sont plus offensés d’un seul refus, qu’ils ne sont reconnaissants d’une vie entière de bienfaits.

Saint-Léon
Massol dans le rôle d'Absverus, dans le Juif Errant, Théâtre de l'Opéra, lithographie d'Alexandre Lacauchie (source : gallica)

Ce fut le soir d'un jour d'été, en quinze cent quarante-quatre, qu'un étranger arriva à mon habitation. Il était faible, maigre et pâle ; il avait le front rempli de rides, les cheveux et la barbe d'une blancheur de neige. Son visage portait l'empreinte des soins rongeurs. Il était facile d'y apercevoir que son esprit avait beaucoup souffert ; cependant il avait encore de la vivacité dans les yeux, et il y régnait je ne sais quoi de sombre et de soupçonneux. Il avait pour vêtement une robe d'un fond brun et roux, avec une ceinture de la même étoffe, l'une et l'autre tombant presque en lambeaux. Un bâton soutenait ses pas chancelants ; et à peine, quand il parlait, pouvait-on le comprendre, parce qu'il avait perdu ses dents de devant. Je fus ému de pitié en voyant cet excès de misère, à travers laquelle je démêlais cependant quelque chose qui n'avait rien de commun avec la grossièreté des mendiants ordinaires. Je crus entrevoir dans son maintien quelques traits où se peignaient un esprit plus qu'ordinaire, une méditation profonde, et quelque chose de généreux et d'humain.

« Un autre courant, issu peut-être du même esprit d’inquiétude, se manifeste dans le Saint-Léon de Godwin, qui raviva les traditions « rose-croix » et qui emprunte en même temps à l’école radclifienne son décor de souterrains et de nuits orageuses »2.

Il fut dit que ma grotte était le rendez-vous de plus de mille démons qui venaient y tenir leur sabbat. L'imagination épouvantée des paysans, partagés entre la curiosité et la crainte, y ajouta les hurlements, les cris ; ils voyaient voltiger, sur la surface de l'eau, des flammes pâles et sulfureuses. […] C'était M. Boismorand qui dirigeait la foudre, et semblait lui avoir ajouté quelque chose de plus épouvantable. On aperçut alors, dans le voisinage, des monstres horrible vomir des tourbillons de flammes et de fumées ; on les voyait, au loin, s'élever et se perdre dans le sommet bleuâtre des montagnes, et quelquefois ils venaient affronter et coudoyer, avec une audace incroyable, les paysans et les laitières, presque mourants d'effroi ; puis tout à coup ils se perdaient dans les airs, où l'on ne les distinguait plus que par le bruit et l'odeur infecte qu'ils laissaient derrière eux. Tous les malheurs du canton, c'était moi qui les avait préparés. On m'imputa la mortalité des bestiaux, les convulsions des enfants, leur mort ; le jeune homme qui atteignait l'âge de puberté, tout à coup pâle, maigre et languissant, je le faisais descendre au tombeau.

Saint-Léon
Portrait de William Godwin par James Northcote, 1802 (source : wikicommons)

Pour les écrivains et particulièrement pour les auteurs de romans gothiques, le thème des Rose-Croix est du plus vif intérêt puisqu’il concentre à lui seul le secret, la magie, la quête d’immortalité et l’interdit, en un mot toutes les frayeurs humaines. Godwin, aujourd’hui considéré comme l’inventeur du roman rosicrucien, est le premier à se servir des ressorts classiques du roman gothique et à les associer aux légendes rosicruciennes et à la figure de l’errant, pour ne pas dire du Juif Errant, pour donner naissance à un personnage qui ayant gagné l’immortalité par la transgression est contraint d’errer et de se cacher.

Rejetant les notions de paradis et de vie après la mort le « gothique rosicrucien » veut atteindre l’immortalité sur terre. Il pense se libérer en devenant immortel mais ce faisant se rend lui-même étranger à la société des hommes, « étranger depuis longtemps au commerce de la société », « isolé dans l’univers » et se condamne seul à l’errance.

« Le Dr. Georges Molther raconte qu'il a voyagé, en 1615, avec un homme, de moyenne taille, l’air commun et vêtu simplement, qui parlait de toutes sortes de sciences, guérissait des maladies gratuitement, portait le costume du pays, se déclarait Rose-Croix, connaissait la vertu des plantes, savait ce que les autres disaient de lui, parlait les langues mortes et étrangères. […] C’était un ancien moine âgé de 81 ans, le troisième de la fraternité ; il parlait sans jamais se reprendre. Il disparut, ne restant pas plus de deux nuits de suite dans la même localité »3.

L’idée de St Irvyne, the Rosicrucian vint de Saint-Léon, que Shelley admirait profondément. Il le lut et le relut, jusqu’à se persuader que l’Alchimie était une réalité, ainsi que l’Elixir Vitæ, que l’on retrouve également dans The Wandering Jew.
(The Life of Percy Bysshe Shelley, Medwin, 1913)

Saint-Léon
Portrait de Bethlen Gabor (Gabriel Bethlen), 17e siècle (source : wikicommons)

Je hais l'espèce humaine. Je n'étais pas fait pour la haine. Mon caractère n'est pas naturellement vicieux. Je ne suis point né méchant ; mais ils m'ont forcé à les haïr, et ils sentiront tout le poids de ma haine.

Je cessai en un instant d’être moi, je devins tout à coup un autre. Mes yeux se desséchèrent, et prirent la consistance de la corne ; mon sang se glaça dans mes veines. Depuis ce moment, je n’ai trouvé de soulagement que dans le malheur des autres. […] Tous les hommes sont excités par les mêmes passions, poussés par les mêmes désirs, et conduits par les mêmes motifs. Pourquoi ferais-je une distinction, quand la nature a été partout uniforme ? Tous les hommes portent la même figure, et je ne puis voir une figure humaine sans éprouver les déchirements les plus horribles.

En mettant en scène cet « immortel damné » qui échappe à la mort soit grâce à l’immortalité absolue soit par une certaine longévité, mais dans les deux cas par le biais d’une méthode « non naturelle », par la transgression, William Godwin pose les bases de « l’immortel gothique ». Sous les traits d’errants qui prennent au fil du temps différentes formes, du simple Juif Errant jusqu’au vampire (de Polidori à Dracula), et trouvant sa source quelque part entre Faust et les secrets Rose-Croix, « l’immortel » croit se libérer mais ne se dirige en réalité que vers sa propre perte ou ce que Francis Bacon nommait la « seconde chute ». En gagnant l’immortalité l’errant perd son humanité et par là même le sens de la vie.

La situation de l'âme que je viens de décrire, n'est pas la folie, ni rien qui puisse lui être comparé. Je ne perdis pas un seul instant le sentiment de mon existence, et de la manière dont j'existais. Je ne fus pas une seule fois atteint de ce délire de l'âme, dans lequel le malade agit et parle sans savoir ce qu'il fait ou ce qu'il dit, et après lequel il se réveille comme d'un songe, et reste interdit et stupéfait. Ce que j'éprouvai était une espèce de rage qui tirait sa source, son accroissement et sa force de mon seul désespoir.

« Errants gothiques » (ou « gothic wanderers »), du Juif Errant au vampire en passant par l’errant rosicrucien, errants maudits, tous porteurs d’une malédiction, en possession d’un savoir ou d’un secret interdit qui les condamne à l’errance, à demeurer solitaires et à taire leurs secrets par crainte de l’Eglise et des hommes.

Il arriva à Venise, en l’année 1687, un singulier accident qui fit alors grand bruit, et que je crois digne d’être sauvé de l’oubli. La grande liberté dont jouissent en cette ville toutes les personnes qui ont une certaine apparence, est suffisamment connue de ceux qui s’y sont arrêtés. On ne sera donc pas surpris, qu’un étranger qui s’y rendit sous le nom de signor Gualdi, avec un train considérable, fût admis dans les sociétés les plus distinguées de cette ville, quoique personne ne sut qui il était ni d’où il venait. Il passa quelques mois à Venise. On remarqua trois choses particulières dans sa conduite. La première, c’est qu’il avait une collection de très beaux tableaux, qu’il était toujours prêt à montrer à ceux qui désiraient la voir ; la seconde, c’est qu’il était très versé dans les arts et les sciences, et qu’il parlait sur tous les sujets avec une facilité, une sagacité qui faisaient l’étonnement de tous ceux qui l’écoutaient ; enfin, on avait observé que jamais il n’écrivait ni ne recevait de lettres ; qu’il n’avait point de crédit ouvert chez aucun banquier, mais qu’il payait tout en argent comptant, et vivait décemment quoique sans magnificence.
Cet homme rencontra un jour au café un noble vénitien, grand connaisseur en tableaux ; celui-ci avait entendu parler de la collection du signor Gualdi, il lui demanda poliment la permission de la voir, l’étranger y consentit aussitôt. Lorsque le vénitien eut examiné la collection du signor Gualdi, et qu’il lui en eut témoigné son admiration en disant qu’il n’en avait jamais vu de plus précieuse, vu la quantité des chefs-d’oeuvre qui la composaient, il jeta par hasard les yeux au-dessus de la porte de la chambre où était le portrait du signor Gualdi ; le vénitien considéra le portrait, puis l’original : Ce tableau a été fait pour vous, dit-il à l’étranger ? à quoi ce dernier ne répondit que par une profonde inclination. Vous avez l’air d’un homme de cinquante ans, continua le vénitien, et cependant je reconnais dans ce tableau la touche du Titien, qui est mort il y a cent trente ans ; comment cela se peut-il ? Il n’est pas facile, dit gravement le signor Gualdi, de connaître tout ce qui est possible, mais certainement il n’y a point de crime à ressembler à un portrait peint par le Titien. Le vénitien n’eut pas de peine à s’apercevoir par cette réponse qu’il avait offensé l’étranger, en conséquence il prit congé de lui.
Il ne put s’empêcher dans la soirée de parler de cette aventure à quelques-uns de ses amis, qui résolurent de satisfaire leur curiosité en allant voir le tableau le lendemain. Pour en trouver l’occasion, ils se rendirent au café dans le temps où le signor Gualdi y venait ordinairement, et ne l’ayant pas rencontré, un d’eux, qui s’était souvent entretenu avec lui, alla prendre des informations dans son hôtel. Il y apprit que l’étranger était parti pour Vienne une heure auparavant. Cet événement fit grand bruit dans la ville, tous les papiers du temps en firent mention.

« There is nothing new in the character of Melmoth : the conception is merely modified from Doctor Faustus and St. Leon. »4

« Melmoth, like all the works of this author, wants originality. It frequently and fatally reminds the reader of St. Leon ; and is a compound of the legend of the Wandering Jew, and the Vampyre. »5

« Après ma mort, je n’ai qu’une grâce à vous demander, celle d’Hercule mourant à Philoctète, de ne découvrir à aucun mortel, sous quelque prétexte que ce soit, l’endroit où vous aurez déposé mes cendres. Je vous indiquerai où vous devez les cacher ; ce n’est pas loin d’ici ; mais ce coin de terre me plaît, parce qu’il est presque inaccessible. Une fois que vous aurez accompli ce dernier de mes voeux, ne parlez plus de moi, et même s’il est possible, n’y pensez plus. Nulle mention, nulle allusion, qui y soient relatives, quelque en soit le prétexte ! Ne me dépeignez point ; ne racontez ni comment nous nous sommes connus, ni comment j’ai disparu de ce monde. »
(Extrait de Saint-Léon)

« Approchez, dit Melmoth, en parlant d’une voix très affaiblie, encore plus près. Je me meurs… vous ne savez que trop bien comment ma vie a été passée. J’ai commis le grand péché des anges… je me suis livré à l’orgueil… j’ai été fier de ma raison. C’est le premier des péchés mortels… J’ai aspiré après des connaissances défendues. Maintenant, je me meurs. Je ne recherche point les cérémonies de la religion. Je n’ai pas besoin de mots qui n’ont pas de sens pour moi, ou que du moins je voudrais qui n’en eussent pas. Ne me jetez pas ces regards d’horreur. Je vous ai fait appeler pour exiger de vous la promesse solennelle de cacher ma mort au monde entier. Que personne ne sache jamais où ni comment j’ai cessé d’exister. »
(Extrait de Melmoth)6

Un Adepte, s’il faut en croire à leurs propres expressions, est dans la possession absolue de la santé, de l’opulence, et de la sagesse ; il est exempt de tous les inconvénients nuisibles à la vie, que la sottise de notre premier Père s’est attirés, tant sur lui-même que sur sa postérité, ainsi que dans l’heureux état de traverser toutes les routes les plus difficiles, les moins fréquentées et les plus redoutées dans ce monde, non seulement sans en craindre le moindre dommage, mais sans jamais se voir exposé dans sa carrière à aucun des maux auxquels les hommes se trouvent si fréquemment en proie.
Cependant, après tout cet éblouissant étalage, retourner la médaille, et leurs propres ouvrages vous montreront ces vrais Sages, sous un tout autre jour. S’ils sont en effet possesseur d’une Médecine universelle, ils sont obligés de la cacher, sans quoi ils se feraient connaître par ses effets ; et s’ils ont réellement à leur disposition la transmutation des métaux, par conséquent la possession de ce qu’ils appellent des montagnes d’or, ils se trouvent cependant forcés de vivre dans une espèce de pauvreté apparente, pour prévenir le fatal danger de se voir, ainsi que leur art même, devenir les esclaves de l’avarice des hommes. Si la faculté de pouvoir vivre aussi longtemps qu’Artéphius, est dépendante de leur volonté, les traverses et les inquiétudes (vous diront-ils) qu’ils sont dans le cas d’éprouver, sont plus que suffisantes pour les décourager à la longue, et les amène jusqu’au point de renoncer au bénéfice qu’ils peuvent retirer de leurs fatals secrets ; de sorte qu’il leur semble préférable de se soumettre à la sentence générale que subit le genre humain, c’est-à-dire au cours vulgaire de sa vie, que de s’en affranchir, quoique le contraire soit à leur disposition absolue.

Saint-Léon

Il est un degré dans le malheur qu’il est impossible de décrire, parce que l’esprit lui-même ne peut s’en rendre compte, et parce qu’il ne laisse dans la mémoire que des traces confuses et peu profondes. Il semble que l’auteur de la nature ait donné à notre âme un caractère de faiblesse qui la rend également incapable de supporter le délire de la joie, et le dernier excès de la douleur. Je ne me rappelle point ce qui suivit immédiatement cette époque fatale de mon histoire, je sais seulement qu’une stupeur sombre, indescriptible, impénétrable, s’empara de tout ce qui était moi. Que l’on n’imagine pas cependant que cet abandon de toutes les facultés intellectuelles diminue ou suspende la force de la douleur ; non, l’âme qui succombe sous le poids de ses maux n’en est pas dégagée pour cela.

Qu'aucun mortel après moi, ne soupire après la possession de la pierre philosophale !

1 - The Tale of Terror : A Study of the Gothic Romance, Edith Birkhead, Londres, Constable, 1921, p. 116.
2 - Le roman terrifiant ou roman noir, Alice M. Killen, Genève, 1967, p. 62.
3 - Histoire et doctrine des Rose-Croix, Sédir, Bibliothèque des Amitiés Spirituelles, 1932, p.85.
4 - The Dublin Magazine, Dublin, décembre 1820.
5 - The Literary and scientific repository and critical review, New-Yok, Wiley and Halsted, 1821.
6 - Melmoth l'Homme errant, Pauvert, 1965.

Florian Balduc

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